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Cinéma d auteur

UN MOIS EN THAÏLANDE de Paul Negoescu

 

 

FRAGMENTS DE DISCOURS AMOUREUX

 

par Bertrand Bichaud

 

3/5 ON AIME BEAUCOUP

 

 

À l’approche des fêtes de fin d’année, Radu, après neuf mois de relation avec Adina apparaît peu amoureux. Lorsqu’il entend par hasard dans un supermarché le prénom de son ex-petite amie, son malaise ne fait qu’empirer.

 

 

« Fuir le bonheur de peur qu’il ne soit ailleurs », pourrait-on paraphraser en observant Radu, enseveli dans son désordre amoureux. Se comportant maladroitement, se laissant plus ou moins guider par les évènements tels qu’ils se présentent. Malheureux, n’arrivant que péniblement à déceler -ne serait-ce qu'un peu- ce qu'il désire, et encore un peu plus douloureusement à trouver l'énergie à agir pour cela.

 

 

Ses histoires de couple se ressemblent, toutes imparfaites car basées sur son insatisfaction et son désenchantement. Pensant (et passant) à une femme, puis à une autre, mais ne modifiant pas ce qui devrait l’être avant tout. Sa manière de vivre ses relations. Le film traite de l’interchangeabilité amoureuse (sexuelle ?) d’un jeune homme maladroit, centré sur lui-même, à la recherche d’un fantasme de bonheur qu’il éloigne à mesure qu’il tente de le définir. « L’identité » des deux femmes entre lesquelles il est partagé est si peu importante pour lui, que le réalisateur s’est « amusé » à composer deux prénoms en forme d’anagramme : Nadia et Adina.

 

 

Avec Cristian Mungiu (« Au-delà des collines », « Quatre mois, trois semaines, deux jours »...), Paul Negoescu "surfe" à son tour sur la nouvelle vague Roumaine, faisant désormais lui aussi partie de ces réalisateurs Roumains à suivre. Leur pays se retrouve bien tristement à la dernière place Européenne en nombre de salles par habitant. 20 millions de Roumains doivent en effet se contenter d’environs 200 écrans.

 

 

 

« Avant les années 90, les cinéastes roumains dépendaient du bureau de la censure et n’étaient pas libres de faire les films qu’ils souhaitaient. Par exemple, il ne leur était pas possible de parler des problèmes de société. Les membres du parti responsables du secteur culturel les forçaient à créer une vérité aussi factice qu’artificielle vantant les mérites du monde communiste. Ce n’est qu’après la chute du mur que de jeunes cinéastes ont commencé à faire des films plus en phase avec la vérité sociale qui était la nôtre » explique le cinéaste.

 

 
 

Par moments, Radu (que l’on va suivre durant vingt quatre heures), rappelle Anders le personnage du film de Joachim Trier « Oslo 31 août », comme lui, il est en perdition, déambulant dans une vie aux contours inconsistants. Le film aurait pu tout autant s’appeler « Bucarest, 31 décembre »…

 

 

"Un mois en Thaïlande" est un premier film sombre qui joue la carte du réalisme. D’une réalisation sobre, qui se concentre sur l’histoire qu’il met en scène et les thèmes qui s’en dégagent: Un parcours amoureux incertain, chancelant, victime des conséquences du consumérisme post-communiste, les modifications des règles de vie d’une société qui veut peut-être trop vivre, et vivre avec trop, après avoir tant souffert du manque. De la frustration de la restriction à celle de l’excitation incontrôlable de la possibilité de l’excès. La perte de repères d’une génération qui considère l’autre comme un produit à durée de vie limitée, une sorte d'obsolescence programmée des sentiments.

 

 

 



24/06/2013
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