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Cinéma d auteur

SHOKUZAI : « Celles qui voulaient se souvenir » et « Celles qui voulaient oublier » de Kiyoshi Kurosawa

 

 

MÉMOIRES SÉLECTIVES

 

 

par Bertrand Bichaud

 

2/5 ON AIME BIEN

 

Dans l’école d’un village Japonais, quatre petites filles sont témoins du meurtre d’une de leur camarade, fille d’un riche directeur d’une usine de la région. Pourtant, aucune ne peut renseigner la police sur l’assassin. Est-ce une volonté délibérée de cacher la vérité, ou une réelle amnésie collective post-traumatique ? Voilà la première énigme (d’une longue liste) du film. La mère de la victime, ne supportant pas leur silence les « convoque » un jour chez elle, et exige d’elles une pénitence («Shokuzai» en japonais). Les jeunes filles devenues adultes vont, pour deux d’entre elles choisirent d’oublier ce drame, pour les deux autres de s’en souvenir.

 

 


 

Au départ, « Shokuzai » est un livre de Kanae Minato, adapté pour la télévision par Kiyoshi Kurosawa en une série de 5 épisodes. Ce sont ces 270 minutes qui pour le cinéma deviennent deux films. Mais en réalité, il ne s’agit bel et bien que d’une et unique histoire. Voir le premier sans le second serait frustrant, et le second sans le premier laisserait incrédule. L’idéal est d’enchaîner les deux le même jour, pour être sûr de ne pas perdre le fil du récit, et ainsi en avoir une compréhension optimale. Ce qui, étant donné la richesse (la complexité?) du scénario, n’est pas des plus évidents. Le film est composé de cinq parties, consacrées à ses cinq protagonistes : les quatre témoins du meurtre puis la mère de la victime.  

 

 


 

Quel que soit le choix des quatre témoins (oublier ou se souvenir), leur destin va en être totalement bouleversé, chacune se construisant une vie en réponse au traumatisme et à la culpabilité qui les accompagne à chaque instant, ne leur laissant aucun répit. Les répercussions, bien des années après le drame, vont rejaillir sur des hommes pourtant non impliqués (pour la plupart) dans l’histoire initiale.

 

 


 

« Shokuzai » est un film qui, de tout son long, traite de la rédemption. La mère évoquant à de multiples reprises l’idée de « compensation », comme si elle pouvait attendre des témoins un moyen de remédier à la fatalité, de réparer l’irrémédiable. Une volonté bien vaine, qui va pourtant pousser aux plus extrêmes comportements et actions les quatre petites filles devenues bien moins innocentes et inoffensives une fois adultes. Dans « Shokuzai », tous les hommes sont pervers et lâches, et implicitement responsables de ce que sont devenues les femmes : fourbes, espiègles et manipulatrices.

 


  

Kurosawa traite cette saga-polar avec une vision singulière, en marge, qui sauve cette histoire ponctuée par moments d’invraisemblances, revendiquées selon le cinéaste par une volonté d’acceptation de la « magie » du récit. Suivre l’ensemble de l’histoire sur sa totalité apparaît quelque peu laborieux. Et pourtant, les quelques défauts se retrouvent tous gommés par la mise en scène de Kurosawa. Une réalisation qui s’autorise de l’étrangeté, du décalage, et place le spectateur dans un ailleurs, une dimension surplombant légèrement l’ensemble. C’est cette particularité qui rend le film, en le sauvant, assez séduisant. Les quelques touches d’humour sont, quant à elles, d’autant plus efficaces qu’impromptues.

 

 


 

Étrange parcours que celui de Kiyoshi Kurosawa, qui après une importante filmographie essentiellement composée de films fantastiques et d’horreur, réalise en 2008 le très beau drame social « Tokyo Sonata ». Avec « Shokuzai », en alliant une trame convenue de polar à la singularité de son regard, il nous livre un (double) film policier teinté d’un surréalisme typiquement nippon. Les amateurs apprécieront.

 



La bande annonce: 


 

 



28/05/2013
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