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PARADIS : ESPOIR d’Ulrich Seidl

 

 

LE MINCE ESPOIR

 

 

par Bertrand Bichaud

 

3/5 ON AIME BEAUCOUP

 

 

Dans « Paradis : Amour », Teresa, une quinqua autrichienne, aisée et opulente, était en vacances au Kenya à la recherche de l’amour. Pendant ce temps-là, et c’est ce que nous montre ce dernier volet de la trilogie, sa fille Mélanie passe son été dans un centre d’amaigrissement pour enfants et adolescents. L'ado, en surpoids va vivre quelques semaines confrontée à deux espoirs : Celui de retrouver un corps « normal » (exigence des adultes) et celui de vivre sa première expérience « amoureuse » (sous la supposée influence d’autres ados).

 

 

Les journées, dans ce centre, s’organisent autour d’un programme rigoureux, où s’enchaînent des activités sportives, des (pseudo)cours de nutritions, l’heure quotidienne d’autorisation pour utiliser son téléphone portable… L’extinction des feux se faisant tous les soirs à 21h30. C’est alors que laissés à eux-mêmes les ados « parqués » dans leur chambre, tels des détenus en prison, s’amusent à braver les interdits en fumant, buvant, chantant et parfois même en faisant le mur.

 

 

L’espoir de maigrir ne semble pas préoccuper plus que ça Mélanie. Bien sûr, elle préfèrerait être plus mince et séduisante, mais le chemin à parcourir pour y arriver apparaît aussi long qu’incertain. Le second espoir qui l’anime est bien plus excitant. Face à un médecin d’une bonne quarantaine d’années de plus qu’elle, et au comportement déviant difficilement identifiable, elle va développer un intérêt amoureux aussi déplacé qu’illusoire.

 

 

Une nouvelle fois, Ulrich Seidl confirme être une sorte d’Haneke qui n’aurait pas de limites, qui serait prêt à aller au bout de sa créativité, de sa réflexion et de ses envies, au risque de réduire considérablement son auditoire. Cette intégrité artistique, cette absence de stratégie commerciale rend son travail d’autant plus remarquable et honorable.

 

 

Dans cet opus, le cinéaste conclut sa scrupuleuse dissection de notre société par l’observation de l’Adolescence. Une sorte d’analyse de l’état de la jeunesse actuelle, indicateur, révélateur même de ce que le monde deviendra (peut-être) demain. Son constat est à nouveau aussi juste (bien que parfois parcellaire) et alarmant que pour ses deux précédents films de la trilogie. Avec « Paradis : espoir », il raconte la vie d’ados (pas réellement sortis de l’enfance) obèses. Résultat à la fois de la junk food généralisée, qui à coup de pubs incessantes incitent et aguichent, et de la démission des parents, qui plutôt que de cuisiner et d’éduquer leurs enfants sur le sujet, préfèrent les laisser, à moindres coûts financiers, choisir leur alimentation. Une fois le mal fait, les mauvaises habitudes alimentaires ancrées, à nouveau les parents choisissent de ne pas s’impliquer personnellement, mais laissent leurs enfants dans les mains d’inconnus aux méthodes aussi néfastes qu’inefficaces. L’excès d’autorité étant finalement aussi vaine qu’un laxisme récurrent.

 

 

Le deuxième thème abordé dans « Paradis : espoir » est l’envie de découverte d’amour. Là encore, le cinéaste filme un état des lieux consternant. L’absence totale de repères des ados, pousse Mélanie dans les bras d’un prof dénué de morale et de raison. Et un peu plus tard, comme le montre une séquence froidement effrayante, Mélanie ivre, dans un bar, consent à se faire draguer par un jeune, dont le seul objectif est de pouvoir la « consommer » au plus vite, quel que soit l’état de conscience de sa proie. Un deuxième type s’amuse à filmer la situation, imaginant le futur « succès » probable qu’il aura en diffusant ces images aux yeux « voyeurs » du monde entier, via internet.

 

 

Le cinéaste termine avec ce nouveau volet, une œuvre perturbante, violente et dénonciatrice. Choquante par moments, souvent malsaine, elle n’est que le reflet à peine noircie de l’état d'une partie de notre société sur « l’amour », « la religion » et « la jeunesse ».  Il n’y a jamais de gratuité chez Seidl. Pas d’effets, la mise en scène restant toujours d’une clinique sobriété. Son constat est sans appel, et la seule solution qu’il semble entrevoir est de nous tirer encore un peu plus vers le bas. De nous confronter aux pires excès de nos modes de penser et de vie, comme si cela était l’unique moyen d’une salvatrice prise de conscience nous amenant, par l’énergie du désespoir, à donner un grand coup au fond de ce gouffre, afin de remonter à la surface. Et de pouvoir à nouveau respirer pour reconstruire, avant qu’il ne soit vraiment trop tard, un monde basé sur de nouvelles valeurs, plus justes, compassionnelles et  raisonnables. 

 

 

La bande annonce: 

 

NOTRE AVIS SUR "PARADIS: AMOUR" ET "PARADIS: FOI". 

 


 



 




 

 

 



25/04/2013
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