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Cinéma d auteur

PARADIS : AMOUR d’Ulrich Seidl.

 

 

PARADIS ARTIFICIEL

 

par Bertrand Bichaud 

 

 3/5 ON AIME BEAUCOUP


 

Teresa est une maman quinquagénaire à la recherche d’un paradis exotique pour ses vacances. Rêvant d’amour, elle arrive  « vierge » de toute relation tarifée au Kenya. Les rencontres qu’elle va y faire, vont lui apprendre les règles en vigueur dans ce lieu qui n’a de paradisiaque que ses paysages de cartes postales.

 

 

 

Le film dévoile ce qui se cache derrière le terme « sugars mamas », ces européennes qui en échange de quelques euros demandent à de jeunes Africains de les divertir, de les faire danser et de terminer la nuit avec elles.

 

 

 

Ulrich Seidl est un réalisateur Autrichien déjà auteur de nombreux documentaires. Werner Herzog le compte parmi ses réalisateurs préférés.

 


 

« Paradis : Amour » se révèle être une dénonciation, on ne peut plus jusqu’au-boutisme de l’opposition des pays du Nord et du Sud. Le Nord étant ici illustré par des Autrichiennes fortes, symbolisant l’opulence à outrance, et le Sud par des hommes Kenyans proposant leur « amour » en contrepartie d’argent. L’éternelle séparation entre ceux qui rêvent de perdre des kilos et les autres qui souhaitent juste pouvoir se nourrir pour survivre.

 

 

 

Mais ici, la vente des corps est déguisée, afin de préserver la sensibilité de ses femmes touristes sexuelles. Alors on parle de sentiment, de séduction. Mais on demande de l’argent pour un vieux père à l’hôpital, pour un bébé qui est malade ou pour un frère qui vient d’avoir un accident de moto. Et souvent, dans la même journée, pour les trois à la fois.

 


 

Ulrich Seidl, va loin, très loin, si bien que pendant la projection, on lui en voudrait presque de tomber dans le piège de ce que l’on peut prendre dans un premier temps pour du voyeurisme. Une scène de relations sexuelles en groupe, quasi-porno en est le point culminant. Mais la plus douloureuse gène de la séquence vient de l’humiliation que doit subir, faussement conciliant, un jeune homme « offert » pour l’anniversaire de l’une de ces dames. L’homme considéré, au mieux comme un animal, au pire comme un objet passe d’une femme à l’autre, dans des rires alcoolisés, et des mots crus d’une insoutenable indécence.

 

 

 

Pourtant, aussi pénible et choquante soit la scène, une fois le film terminé on ne peut que reconnaître son intérêt et son implacable force démonstrative. L’une des plus brillantes idées du film est d’utiliser le thème de la prostitution en mettant en scène des hommes se soumettant au pouvoir financier des femmes. Le regard du spectateur est d’autant plus choqué, car trop peu habitué à un rapport de force remporté par les femmes.

 

 

 

 

Le racisme sous-jacent « Il ressemble au personnage de la pub Banania ! » ou « mais comment les reconnaître, ils se ressemblent tous » ne fait qu’accentuer l’exposition de bêtise, de cruauté et de perversité dont l’homme (et la femme) sont capables. La mise en scène est minimaliste, la plupart du temps la caméra est là, simplement posée, statique, en témoin neutre, en plan fixe, sans mouvements, objective observatrice de l’action, qui prend d’autant plus de dimension dans le cadre défini. Ce qui se passe est suffisamment perturbant et violent pour qu’aucun artifice ne soit nécessaire, au risque de le dénaturer.

 

 

 

Une image représente parfaitement le rapport entre ces femmes et ces hommes. Elles sont allongées sur leur transat au soleil. Eux, doivent rester derrière une corde, mais ils attendent, le moindre geste, la moindre envie. Seules les femmes auront le droit de passer de l’autre côté.

 


On ne peut désormais attendre qu’avec curiosité et impatience la suite de cette trilogie dont les deux prochains volets se nommeront : « Paradis : Foi » et « Paradis : Espoir ».

Ulrich Seidl signe avec « Paradis : Amour » un manifeste d’une rare violence et d’une indéniable efficacité. Un film dont l’audace et le réalisme ne pourront convaincre qu’un public averti.

 

 

 

La bande annonce:

 

 

NOTRE AVIS SUR:  "PARADIS: ESPOIR" ET "PARADIS: FOI".

 


 




10/01/2013
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