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Cinéma d auteur

OFF WHITE LIES de Maya Kenig

 

 

 

LA JEUNE FILLE AU PERE

 

 

par Bertrand Bichaud

 

3/5 ON AIME BEAUCOUP

 

  

Libby est une ado de treize ans qui débarque à l’aéroport de Tel Aviv pour vivre avec un père qu’elle n’a pas vu depuis bien longtemps, qu’elle n’a jamais vraiment connu. L’Israël est en guerre (pour la seconde fois) contre le Liban. Quelques heures après son arrivée, tous deux se retrouvent dans un abri anti-bombardement, alors que dehors des explosions retentissent. Libby ne sait pas encore qu’elle débute une nouvelle vie qui sera ponctuée d’aventures que rien ne pouvait laisse présager.

 

 

 

Mais que veut donc dire l’expression « white lies » qui donne son titre au film ? Elle désigne un mensonge qui est formulé pour éviter de blesser ou d’inquiéter quelqu’un, une « liberté » prise avec la réalité, mais qui n’a jamais pour but de nuire ou de faire du mal. La première « white lie » de Shaul (le père) est d’avoir raconté à sa femme - qui depuis leur séparation a refait sa vie aux Etats-Unis - qu’il vivait dans un appartement pouvant accueillir confortablement leur fille. En vérité, Shaul n’a pas de logement, il « voyage » dans sa vie, au jour le jour, au hasard de ses rencontres et de ses (hypothétiques) projets.

 

 

 

Alors que le père et sa fille se découvrent au milieu d’inconnus dans l’abri sous terrain, à la télévision un journaliste annonce que de nombreuses familles proposent l’hospitalité aux réfugiés du nord du pays. Il n’en faut pas plus à Shaul et à sa fille pour emprunter une voiture à une amie et frapper à la porte d’une famille « d’accueil » en s’inventant une vie et une situation légitimant leur présence…

 

 

« Off white lies » est un très joli premier film, sans prétention et sincère, aux multiples qualités. L’histoire, inspirée par des faits réels (l’accueil de réfugiés par des familles aisées de Jérusalem) est un formidable levier scénaristique aux multiples ressorts, tantôt drôles et légers, tantôt sérieux et soulevant d’essentielles questions, telles que : Jusqu’où le mensonge est-il répréhensible s’il n’est pas (re)connu et qu’il répond à une attente chez le dupé ? 

 

 

L’une des réussites du film se concentre sur cette rencontre entre un père et sa fille apprenant à se connaître. Tentant de s’apprivoiser, de trouver sa place l’un par rapport à l’autre. Et se rendant compte qu’ils ne peuvent pas se satisfaire de remplir le rôle que l’on attend d’eux. La réalité est plus complexe et surprenante. Le père, relativement immature, passe ses journées à inventer des objets (presque) inutiles, mais aussi et surtout à inventer sans cesse sa vie, en l’improvisant avec insouciance. L’ado quant à elle s’offre des libertés, définissant selon son bon vouloir le rôle qu’elle souhaite vivre, ne se contentant pas de se comporter comme il serait raisonnable de le faire à son âge.

 

 

Toute la subtilité du film est d’échapper au piège bien tentant (car aux effets faciles) qui aurait été de raconter l’histoire d’un père irresponsable se faisant materner par une enfant particulièrement adulte pour son âge. Non, ici les personnages ont une envergure bien plus originale et affirmée. Pas de pathos, ni de facilités dans la recherche gratuite d’émotion. À noter une jolie scène où l’on voit Libby, qui du haut de ses 13 ans regarde un film montrant ses parents s’occupant d’elle alors qu’elle n’était qu’un bébé. Les yeux fixés sur l’écran, elle découvre son passé et se crée des souvenirs qu’elle n’a pas pu se construire elle-même.

 

 

Autre très belle scène, un émouvant (et improvisé) dîner d’anniversaire du papa, dans un restaurant sans âme qui pourtant, le temps d’une chanson devient le plus chaleureux des lieux.  « Off white lies » sait aussi sortir de son duo de personnages principaux pour laisser de la places aux rôles secondaires, (le couple qui accueille et leur fils), chacun étant, à un moment ou un autre impliquer dans l’histoire, tous intervenant à leur manière sur les autres. Une histoire bien écrite, que l’on se laisse raconter avec simplicité et plaisir. 

 


 

« Off white lies » est un road movie attachant. Un premier film intimiste et délicat, joyeux et tendre. Vous le déconseiller serait le plus « black » des mensonges à formuler…

 

 

 La bande annonce: 

 

 

 

 

Sortie du DVD le 1er octobre 2013.

 

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11/06/2013
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