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Cinéma d auteur

NOTRE MONDE de Thomas Lacoste

 

 

JE REVAIS D’UN « NOTRE MONDE »

 

 

                                                                                          par Bertrand Bichaud

 


3/5 ON AIME BEAUCOUP

 

 

« Notre monde » est un documentaire mettant en scène 35 d’intervenant(e)s, des philosophes, des sociologues, des magistrats, des médecins, des écrivains et des universitaires. Chacun parlant l’un après l’autre. Soit face caméra, soit dans le cadre d’une prise de parole en publique.


 

 

Chaque intervention est construite de manière identique. Elle débute par un constat, celui d’un manque, d’un dysfonctionnement, d’un échec, d’un problème, d’une injustice. Elle est suivie par une série de propositions de solutions.


 

 

La force de ces discours est qu’ils sont en marge de tout ce que l’on entend habituellement sur ce type de sujets : L’éducation, la santé, le travail, l’économie, la politique européenne, la culture… Des thèmes que l’on voit traités dans les médias de masse par les sempiternels détenteurs de la « pensée unique », ou de leurs pseudos opposants, forcément extrémistes, qui ne servent en réalité (parfois sans en avoir conscience) qu’à valoriser les premiers et conforter leur position de leader d’opinion.




Car, les paroles entendues la plupart du temps sur ces thématiques sont convenues, détenues, et précieusement conservées par, au mieux des corporatistes qui ne délivreront des réflexions qu’alimentant leurs propres et individuels intérêts. Au pire, par des personnalités politiques qui seront au choix, dans une volonté purement idéologique, ou ayant des objectifs strictement électoralistes. Tous soulèvent ces sujets, pas très haut, les faisant à peine tournoyer sur eux-mêmes, donnant l’illusion d’une remise en cause par l’effet d’optique d’un (faux) mouvement… Et finissant par un petit tour (de passe-passe) ne proposant que de superficielles et tape à l’œil « idées », des « meusurettes » (miroir aux alouettes…), illusoires promesses d’imminents résultats, seules valeurs honorables à leurs yeux. Le véritable « résultat » est que jamais ne sont remis en cause les fondements, le cœur du sujet traité. Où comment atténuer temporairement un symptômes sans jamais toucher à son origine. Dans « Notre monde », les intervenants s’attaquent à la racine des dysfonctionnements, prennent de la hauteur, et proposent des solutions, parfois d’une étonnante simplicité, et pourtant d’une évidente pertinence et potentielle efficacité.

 

 

Deuxième force du film, ses « acteurs », des participants que l’on ne voit jamais, et que l’on ne connaît donc pas. Il ne s’agit pas des agitateurs d’air, bons clients télévisuels, qui passent leurs vies sur les plateaux d’émissions à débats, ou seul les égos s’opposent et non pas les idées. Pas de directeurs d’institut de sondage, pas de philosophe à best-seller, pas d’éditorialistes people. Non, dans « Notre monde», ce sont des intellectuels de l’ombre qui, pour une fois retrouvent leurs analyses (éclairées) mises en lumière.

 

 

Ce documentaire est une sorte de réponse aux « chiens de garde » auxquels faisait référence le film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat. « Notre monde » pose un état des lieux des pathologies actuelles de notre société. Des problèmes dans lesquels nous sommes tellement immergés, avec lesquels nous avons tant cohabité, que nous en sommes arrivé à ne plus les distinguer pour ce qu’ils sont. L’injustice légalisée, revendiquée par un discours dominant la légitimant, en devient peu à peu une base de normalité, acceptable car agrémentée de justifications assénées haut et fort.

 

 

Tourné en moins de dix jours, entre les deux tours des dernières élections présidentielles, le réalisateur explique que ce film n’est qu’un point de départ à une série de rencontres et d’échanges pour que toutes ces pistes de réflexions puissent trouver leur chemin. Dense, foisonnant d’idées, mais toujours accessible, il donne envie d’être revu, comme on désire relire un livre que l’on a aimé mais sur lequel on souhaite encore réfléchir.


 

 

Seule la partie « fictive » du film, la lecture ponctuelle de « Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye  apparaît superflue car à la fois assez opaque et sans lien évident avec le reste de la thématique. Autre ombre (minuscule) au tableau, l’exercice n’échappe pas au piège d’un discours exagérément utopique aux allures quelques peu naïves. Mais ce dérapage reste anecdotique tant il est partiel et ne concernant que quelques phrases de ce long discours.

 

 

Ce film pose les questions de l’avenir de notre monde, de nos sociétés, en osant y apporter des réponses qui sont de réelles remises en questions des fondements même de notre fonctionnement de penser et des conséquences qui en résultent. Passionnant et enthousiasmant, ce documentaire politique donne de l’espoir, faisant appel à notre intelligence (si peu confrontée dans les médias à de telles stimulations).

Ce documentaire est une invitation à penser qu'il ne faut pas se contenter de panser notre monde... Un film de ''nécessité publique'' appelant implicitement à l’action.

 

 

 

Lien vers le site de « Notre monde ». 

 

La bande annonce: 

 

 

 

 



25/03/2013
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