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Cinéma d auteur

LES BETES DU SUD SAUVAGE de Benh Zeitlin

 

 

LA BELLE ET LES BÊTES

 

par Bertrand Bichaud

 

5/5 CHEF D'OEUVRE

 

 

Au départ, il y avait un texte: une pièce de théâtre de Lucy Alibar « Juicy and delicius ». Benh Zeitlin, proche de l’écrivaine a eu pour premier projet de l’adapter en court-métrage. Finalement, il se décide à le co-scénariser avec l’auteure pour en faire son premier long métrage.

 

 

Dès les premières images, le personnage principal, une petite fille de 6 ans Hushpuppy nous happe. En voix off, elle nous invite à la suivre dans une vie bien trop grande pour ses petites épaules. Fascinante de vie, d’innocence mêlée à une maturité imposée, de force et de conviction dictée par son environnement. Hypnotique de dignité, symbolisant magnifiquement une pureté devant accepter une existence faite de compromissions pour survivre.

 

 

Sa maman absente, partie depuis bien longtemps, elle habite dans le bayou, dans sa propre cabane, sous un toit fait de tôle et de gadoue. À quelques mètres, son père, un homme en perdition mais fier, malade mais combattant, tente de lui transmettre tout le courage et la résistance qu’une telle vie nécessite.

 

 

Tous deux vivent dans une pseudo communauté, une bande d’abandonnés, un groupe soudé par la solidarité du désespoir.  Des laissés pour compte de la société, en marge, revendiquant leur droit à la différence voire à l'indifférence. Une vie se contentant des besoins primitifs, comme pour mieux préserver le peu d’instinct que les hommes ont conservé à force d’excès de civilisation. Ils défendent aussi leur lieu, leur terre, leur eau, tous ces éléments corrompus par l’homme, maltraité par leurs machines. 

 

 

Impossible au début du film de le situer. Ni dans le temps, sommes-nous il y a quelques décennies ou déjà dans un futur post-apocalyptique ? Ni dans l’espace, on y parle américain, mais la nature semble délaissée depuis bien longtemps, étant donné son autonomie, sa liberté sauvage. Et puis le film déploie son histoire, tel un phénix ses ailes. Les éléments se révoltent et des bêtes sauvages rodent, prêtes à tout détruire, à tout massacrer, à définitivement achever ce que l’homme à initier. 

 

 

« Les bêtes du sud sauvage » est un voyage inoubliable, à travers l’imagination d’une petite fille, là où la fiction et les rêves côtoient sans distinction la réalité la plus crue et cruelle. Étourdissante de singularité, d’une poésie brute, voici une création cinématographique qui ne ressemble qu’à elle-même. Réaliste et onirique, violente et délicate.

 

 

Le réalisateur évite tous les pièges d’un premier film : pas d’extravagance hasardeuse de mise en scène, pas d’hommages caricaturaux à ses inspirateurs, aucun mimétisme ici. Non, déjà un regard et un langage qui révèlent une personnalité unique. Ce film constitue incontestablement un coup de génie pour un premier film.

 

 

Caméra d’Or, Prix Regard Jeune et Prix Fipresci/Un certain regard au Festival de Cannes 2012. Prix de la Révélation Cartier, Grand Prix et Prix de la critique Internationale au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012. Grand Prix du Jury au Sundance Film Festival 2012. Prix du meilleur acteur dans un second rôle au Los Angeles Film Critics Association Awards. Prix Sutherland du Meilleur Premier Film au London Film Festival 2012. Révélation féminine et Meilleur Premier Film au National Board of review 2012.

 

 

« Les bêtes du sud sauvage » est un film merveilleux, dans tous les sens du mot : Exceptionnel, surprenant et prodigieux. Certainement le film le plus bouleversant de 2012.

 

 

 La bande annonce:

 

 

 

 

A découvrir, le court métrage "prémice" de son premier long: "Glory at sea" réalisé en 2009.

 

 

 

 

 



17/12/2012
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