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Cinéma d auteur

LA SIRGA de William Vega

 

 

L'ÉLOGE DE L’ELLIPSE

 

 

par Bertrand Bichaud

 

4/5 ON ADORE

 

 

Alicia est une jeune femme dont les parents viennent de mourir dans l’incendie criminel de leur maison. Tombant d’épuisement après une marche que l’on devine longue et pénible, elle demande à la seule famille qui lui reste, un oncle qu’elle n’a jamais vu, de l’héberger quelques jours. Oscar, un homme rustre et pauvre, calme et silencieux, l’accueille dans sa baraque « La sirga » tenant à peine debout, au pied d’un lac des Andes Colombiennes.  

 

 

« La sirga », premier film de William Vega est d’une beauté sauvage. Pluvieux et venteux, mystérieux, à la lenteur étrange . La beauté des plans rappelle « Delta » de Kornel Mondruczo, le rythme lancinant évoque « La barra » d’Oscar Ruiz Navia (qui se trouve être co-producteur du film).

 

 

Tous les comédiens du film sont des non professionnels. « J’attends qu’une fusion s’opère entre mes personnages et la personnalité des gens que j’ai choisis. Je choisis mes interprètes après avoir discuté avec eux, mais je ne fais jamais d’essais filmés » explique le cinéaste.

 

 

Alicia va tenter de rendre un peu plus vivable « La sirga » délabrée depuis bien longtemps. Une maison prête à s’effondrer à la prochaine tempête, tout comme les personnages apparaissent sur le point d’exploser à la moindre anicroche. Les matières jouent un rôle prépondérant, habitant elles-mêmes le lieu, fixant leurs propres lois. Le bois, partout humide, par la proximité du lac et des pluies régulières et violentes (les murs de la maison sont faits de planches, l’échelle de petits troncs…). Le plastique sur le toit tremble au moindre coup de vent, puis s’envole laissant la pluie s’infiltrer dans la maison, à l’image d’un étranger inopportun. 

 

 

Une tension implicite accompagne l’histoire, tel un danger invisible et secret, avançant à pas feutrés,  prenant ses marques, puis ses aises. Le seul personnage innocemment bienveillant du film, qui proposera à Alicia de quitter ce no man’s land ou rien (de bien) ne peut arriver sera sacrifié. Comme si le mal avait toujours raison en ce lieu.

 

 

« La sirga » est un film bien étrange aux personnages sombres et graves. Chacun, enfermé dans son individualité, incapable d’entrer en contact avec l’autre, par peur. Peur de ce que l’on pourrait lui faire, tout autant  que de ce qu’il pourrait lui-même commettre.

 

 

Visuellement splendide, « La sirga » est un conte onirique et minimaliste, à l’esthétisme brut et frontal. À réserver aux amateurs de films d’atmosphères, d’atypisme, acceptant l’incertitude et appréciant l’art de l’ellipse.

 

 

La bande annonce: 

 





 

 

 

 



27/04/2013
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