www.films-auteur.fr

Cinéma d auteur

LA DANZA DE LA REALIDAD d’Alejandro Jodorowsky

 

 

 

LE TRUBLION DE SA VIE

 

par Bertrand Bichaud

 

1/5 MOYEN MOYEN

 

"M'étant séparé de mon moi illusoire, j'ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie." Avec cette déclaration, le cinéaste résume assez bien le projet de son nouveau film, un exercice (de style) autour d’une autobiographie inventée. Né au Chili en 1929, dans la petite ville de Tocopilla, Alejandro Jodorowsky raconte à travers cette histoire, son éducation dure et violente, et la pression omniprésente de la politique dans la vie de sa famille. Bien que les faits et les personnages soient réels, la fiction dépasse bien heureusement, et de beaucoup, la réalité.

 

 21009577_20130530165910116.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

Le film commence par surprendre puis séduire. Son univers immédiatement singulier, ses personnages étonnants et fantasques, ses plans travaillés, son rythme joyeusement soutenu. Tout apparaît possible dans cet étrange univers. Et c’est ce qui arrive. Tout s’invite, mais sans limites, sans règles et sans cohérence. On perd rapidement le fil, se noyant dans un tourbillon bien excessif et de plus en plus hermétique. Malmené, on s’ennuie. Le scénario se construit tout en se décousant.  Beaucoup de laideur est montré. De la difformité, et un plaisir apparent du réalisateur à l’exposer, à nous l’imposer. De la monstruosité des corps, des comportements, des idées. Parfois drôle car totalement grotesque, c’est le désintérêt qui prend finalement le dessus. Le film devient alors long, très long. Aussi long que vivre une vie qui ne serait pas la sienne.

 

21009579_20130530165911679.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

Le réalisateur a fait appel à une production collective pour monter son film. Plus de 900 personnes lui ont versé une somme totale d’environ 50 000 euros. Un montant bien insuffisant pour pouvoir le financer, mais un point de départ pour démarcher des producteurs. Jodorowsky, à la fin du tournage, a rembourser l’ensemble des donateurs et les a tous crédité au générique.

 

21009575_20130530165909772.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

Malgré toutes les imperfections du film, certains points positifs subsistent: Le texte de la voix off (Jodorowsky lui-même) est indéniablement beau, d’une poésie typique et sensible. Et certaines séquence marquent. Celle d’une « troupe » d’hommes et de femmes, tous de noirs vêtus, déambulant crasseux, marchant groupés, tenant des parapluies sombres et troués pour les protéger d’on ne sait quoi. Ou encore, ces passants portant des masques. Illustration de l’uniformisation d’un peuple, réduit à n’être qu’un numéro parmi d’autres, n’ayant aucune individualité, une absence totale d’autonomie dans ses actes et ses pensées. Des masques figés dans une expression de passivité dénonçant la distance qu’il existe entre eux, le refus de voir ce qui pourrait arriver, avec les conséquences que cela engendrerait : le risque d’une émotion, de l’envie d’une réaction.

 

La-Danza-de-la-Realidad-585x350.jpg

 

Et enfin, la dernière image : le réalisateur sur un petit bateau s’éloigne sur la mer. Un personnage symbolisant la mort est à ses côtés, peu à peu il se place (se cache ?) derrière pour tout à fait disparaître.

 

21009578_20130530165911491.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
  

« La danza de la realidad » est un film politique et violent aux effets de style d’une récurrence et d’une gratuité dommageable. Une histoire immergée par une pléthore d’idées qui s’avèrent superflues. Perturbant, foutraque à l’excès, exubérant et provocateur, le film laisse finalement le spectateur isolé, extérieur au récit. À vouloir trop montrer et trop dire, le brouhaha et la surenchère visuelle se révèlent tristement contre-productifs.

 

21002530_20130801130746678.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 



08/09/2013
2 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 150 autres membres