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Cinéma d auteur

LA CHASSE de Thomas Vinterberg

 

 

 

LA RUMEUR VAGABONDE

 

par Bertrand Bichaud

 

 4/5 ON ADORE

 

 

1998, le festival de Cannes prend une claque en découvrant « Festen » et lui attribue le Prix du Jury. Quatorze ans plus tard, Thomas Vinterberg revient avec un film coup de poing « La chasse ». À son tableau ? Le jury de la croisette le célèbre à nouveau avec le Prix d’Interprétation Masculine (pour Mads Mikkelsen) et le Prix du Jury Œcuménique (doux Jésus…).

 

 

 

Un vilain défaut. Décidément Vinterberg aime les sujets sulfureux. Après « Festen » et son inceste révélée, voici « La chasse » et son accusation « abusive » de pédophilie.

Il faut dire qu’au Danemark on ne plaisante particulièrement pas avec le respect de l’enfant (la fessée y est interdite depuis 1997…), alors lorsque Lucas, un quadra divorcé, éducateur en maternelle est accusé par une petite fille de gestes « inappropriés » à son égard, un étau que rien de pourra arrêter se referme sur lui.

 

 

Le mensonge de la petite fille fait tomber le supposé bourreau dans un tourbillon de violences verbales, psychologiques et physiques dont il devient l’innocente victime. Un voyage (en aller simple) au bout de l’enfer le happe sans somation. Son meilleur ami - le père de l’enfant qui dit des « bêtises » - ne porte aucun crédit à sa version. La directrice de l’école le met à pied (et à terre) sur le champ et questionne les autres enfants qui (par mimétisme ?) inventent eux aussi d’imaginaires agressions. Quant à sa nouvelle petite amie, elle ne peut s’empêcher de douter de ses dires.  

 

 

 

Pas de fumée sans feu. « Ce personnage incarne l’homme scandinave moderne, il est chaleureux, amical, serviable et modeste » explique le réalisateur. Et pourtant, il suffit d’une phrase d’une petite fille pour modifier à tout jamais le regard des personnes qui accompagnaient jusque-là harmonieusement sa vie. Mads Mikkelsen est d’une indiscutable justesse, la mise en scène évite avec discernement le piège d’une approche « pathos » du sujet.

 

 

Le scénario et les dialogues servent avec sobriété et efficacité le thème du film : Le cauchemar de la suspicion, les ravages de la rumeur. Véritable virus qui contamine sans compter chaque individu qui la rencontre, laissant à tout jamais de terribles séquelles. Car dans ces affaires, quel que soit le jugement rendu, le mal est là (et fait), gangrenant à perpétuité l’image de l’acquitté. Tout comme le regard qu’il va lui-même porter sur ses (ex-) accusateurs. La dernière scène dénonce magistralement ce constat.

 

 

La véritable preuve de la réussite du film tient dans le fait que le spectateur, pourtant conscient de l’innocence de Lucas, ne peut s’empêcher, lui non plus, ne serait-ce que l’instant d’un moment, d’envisager sa culpabilité.

 

 

 

Décidément, la création audiovisuelle Danoise peut se féliciter de l'année 2012. Après Nicolas Winding Refn et l’unanime et international succès de son « Drive », après le carton télé de la série politicienne « Borgen » sur Arte, « La Chasse » avait conclue 2012 en (scandinave) beauté.

 

 

 

La bande annonce:


 

 

 



05/01/2013
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