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Cinéma d auteur

ILO ILO d’Antony Chen

 

 

GESTATION D’UNE APOCALYPSE

 

par Bertrand Bichaud

 

4/5 ON ADORE

 

 

Singapour 1997. Jiale est un enfant turbulent vivant au sein d’une famille qui n’arrive plus à gérer tous les aléas du quotidien. L’embauche d'une nounou, Teresa une jeune Philippine, semble la solution la plus adaptée à leurs problèmes. Pourtant, une fois la nouvelle arrivée en place, la situation ne s’arrange en rien. Cette présence va paradoxalement accentuer les tensions. 

 

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Anthony Chen est né à Singapour en 1984, il signe avec « Ilo Ilo » son premier long-métrage (après huit courts). Un film d’une étonnante maîtrise et sobriété pour une  première œuvre. Elle fut couronnée (avec raison) par la Caméra d’Or au Festival de Cannes 2013. « Ilo Ilo » est le nom d’une province des Philippines. C’est l’unique souvenir que le réalisateur déclare conserver d’une nounou (originaire de cette ville) que sa famille avait engagée huit années durant, lorsqu’il était enfant. Le scénario du film s’inspire de cette partie de sa vie.

 

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Chen décrit dans "Ilo Ilo" un système où l’organisation des pouvoirs est ancrée au plus profond des esprits. Le marché et ses dictats dictent leurs lois. Chacun, dans ce monde aux exigences surévaluées, tente de sauver sa peau. Et dans cette vie, cela débute par la sauvegarde de son travail. Le père est représentant en verres incassables qui, lors des démonstrations… se cassent (judicieuse allégorie). La mère est secrétaire, et passe de plus en plus de temps à rédiger des avis de licenciement pour ses collègues. Leur enfant lui, est « éduqué » par une nounou venue d’ailleurs. De cette situation naît une relation complexe, perverse et ambivalente, celle d’un "enfant-employeur" abusant de sa position envers une adulte dans le besoin de conserver son salaire. Ou comment la « loi » peut être imposée par une personne n’ayant aucune légitimité à cela.   

 

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Les règles de vie sont exclusivement fixées par l’économie. « Il n’y a pas de Dieu ici ! » confie à la nounou une voisine, elle aussi des Philippines. Alors, pour s’isoler de ce monde, elle met un walk man sur ses oreilles et tente de ne pas trop penser à son enfant d’un an, resté au pays. Ni au terrible secret qu’elle n’arrive pas à occulter, et qui parfois vient la hanter. Une part d’ombre, des démons qui resurgissent ponctuellement, lorsque la violence que la vie contient s’impose brutalement à elle.

 

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L’enfant et la nounou sont à la merci des parents, eux-mêmes impuissants devant la société qui peut à chaque instants les broyer. Le garçon, est le seul, par moments, à essayer de se rebeller contre le système, mais la machine est trop puissante et féroce pour lui laisser le dernier mot. La discipline par l’humiliation et le châtiment corporel à l’école donne un indice sur l’origine du mal, dénonçant comment la société prépare les générations futures à conquérir l’avenir. Chacun est la victime et le bourreau. Mais la douleur des blessures n’est pas soluble dans la violence que l’on inculque à l’autre, voilà ce que nous dit « Ilo Ilo ». 

 

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Le film décrit un monde en perte de repères, déréglé par sa peur. « Comment as-tu pu abandonner ton enfant d’un an ? » demande l’enfant de la famille à sa nounou. « Comment ta mère peut laisser une inconnue s’occuper de toi ? » lui répond-elle. « Ilo Ilo » est un drame social intimiste, sombre et douloureusement actuel, relatant avec réalisme l’insidieuse gestation d’une apocalypse qui ne dit pas son nom. Pourtant, au-delà de cette noirceur, une inaliénable humanité se (dé)bat, sous-jacente. Une force du désespoir recréant un semblant de lueur. Mais au moindre coup de vent, la certitude qu’elle disparaîtra à tout jamais reste sans appel.

 

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03/09/2013
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