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Cinéma d auteur

IDA de Pawel Pawlikowski

 

 

 

PERSONA NONNE GRATA

 

par Bertrand Bichaud

 

4/5 ON ADORE

 

Dans la Pologne des années 60, quelques jours avant de prononcer ses voeux, Ida, une jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante qu’elle n’a jamais vu, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret datant de l'occupation nazie. De quoi bouleverser la jeune femme et remettre en cause toutes ses certitudes.

 

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Réalisateur reconnu de documentaire pour la BBC, Pawel Pawlikowski signe avec « Ida » son cinquième film de fiction mais son premier tourné en Pologne, son pays d’origine. Un parcours cinématographique en résonance avec sa vie personnelle puisque après avoir quitté à l’âge de 14 ans la Pologne, il a vécu en Allemagne, en Italie puis en Angleterre (en 2003 le Guardian l’a intégré dans la liste des 40 meilleurs réalisateurs contemporains) et est aujourd'hui, depuis peu, de retour à Varsovie.

 

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Le réalisateur explique le choix de l’utilisation du noir et blanc par une volonté de « limiter les éléments présents dans le cadre, par soucis de minimalisme ». Cette particularité offre aussi au récit une capacité de lien fluide et constant entre le présent et le passé, le poids de l’un venant sans cesse alourdir l’illusoire légèreté du second.

 

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« La Pologne a une relation particulière avec la religion catholique. On a subi l’occupation étrangère pendant près de 150 ans, les forces occupantes étaient des Russes orthodoxes ou des Prussiens protestants. Face à elles, et bien au-delà de la simple notion de foi, l’Eglise catholique était le socle de l’identité nationale polonaise. Et cela s’est encore renforcé durant la période communiste. Historiquement, c’était compréhensible, mais d’un autre côté, cela a limité, voire déformé la foi chrétienne chez les Polonais, en lui donnant un aspect tribal et exclusif, en oubliant ce qui est transcendantal et universel dans le christianisme. À travers le  personnage d’Ida, je voulais explorer cette question-là » déclare le réalisateur.

 

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 Ce qui séduit de prime abord dans « Ida » c’est l’inventivité ambitieuse de la réalisation. Dès les premiers plans, le parti pris clairement revendiqué signe une réelle particularité. Lorsque Ida est filmée de profil, alors qu’habituellement au cinéma le visage se retrouve soit centré, soit laissant de l’espace devant, ici le cadre privilégie au contraire le décor se situant derrière elle. Suggestion de l’importance du passé sur son présent, de sa méconnaissance de ce qu’elle a laissé (jusqu’à maintenant) derrière elle. Autre choix spécifique, la place donnée à ce qui se trouve au-dessus des personnages, ils se retrouvent ainsi « coupés » au niveau de la taille ou du torse pour laisser une large place à ce qui se situe plus haut. Symbolisant le rapprochement constant avec le ciel, avec Dieu. Ida, nonne orpheline n’ayant comme unique référence dans sa construction de vie que les textes religieux et leurs dogmes. 

 

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Ida et sa tante, sont deux opposés, « la prostituée et la sainte », déclarent-elles. Pourtant elles sont l’une pour l’autre l’unique réel lien familial ayant survécu à leurs histoires respectives (et à la fois commune). Point de caricature dans ce schéma, au contraire, une compréhension, une acceptation. Chacune piégée par sa destinée, a l’humilité de le reconnaître, ne pouvant s’offrir le luxe de quelconques leçons à donner à l’autre. Autre rencontre, celle d'Ida et un jeune homme, musicien de jazz (musique diabolique s’il en est), jouant la nuit dans des clubs « Naima » de John Coltrane, morceau que le saxophoniste-compositeur interprétait afin d’entrer en connexion spirituelle avec le divin ! Une magnifique scène montrant Ida pieds nus danser avec le musicien et les séquences suivantes éclaireront définitivement la jeune femme sur le choix de vie qu’elle désire … embrasser.

 

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Ida se révèle être une persona non(ne) gratta. Sa tante n’ayant jamais voulu s’en occuper, son orphelinat ne l’ayant accueilli que par devoir et nécessité. Même son passé s’est toujours caché à elle, rechignant à la rencontrer. 

« Ida » est un film austère et esthétiquement magnifique. Une réflexion passionnante sur la puissance de la destinée et ses répercussions sur notre libre arbitre. Sobre, épuré et foncièrement singulier. L’absence d’émotion n’apparaît pas comme un manque mais comme une illustration douloureuse de l’infirmité de sensibilité des personnages, une condition nécessaire à leur (sur)vie. Un grand film à la noirceur éclairante.

 

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13/02/2014
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