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Cinéma d auteur

HIJACKING de Tobias Lindholm

 

 

 

DANS LE MEME BATEAU ?

 

par Bertrand Bichaud

 

4/5 ON ADORE

 

 

En plein océan Indien, le navire danois "MV Rosen" est pris d’assaut par des pirates Somaliens.  Retenant en otage l’équipage, ils réclament une rançon de 15 millions de dollars. Mikkel, cuisinier, marié et père d’une petite fille,  prisonnier parmi les autres, se retrouve au cœur d’une négociation entre Peter, le PDG de la compagnie du cargo et les pirates. Pour l’armateur, sauver ses hommes est un devoir. Refusant les conseils d’un spécialiste du terrorisme, il décide de mener lui-même les tractations. 

 


 

Le film expose d’un côté (la réflexion et) la négociation des cols blancs, dans des bureaux luxueux et aseptisés au Danemark. De l’autre, l’équipage confronté à des preneurs d’otages aux comportements sans cesse changeants, dans une chaleur oppressante et une insalubrité inhumaine. Chacun souhaite un dénouement pacifique. Mais les enjeux ne sont pas les mêmes suivant la position que l’on a sur cet échiquier où le moindre faux-pas peut mener au drame. Mikkel et Peter se retrouvent pour ainsi dire dans le même bateau, pourtant l’éventualité d’un naufrage des négociations aurait des conséquences bien différentes pour l’un et pour l’autre.

 


 

L’une des premières scènes présente dans toute son efficacité et son assurance Peter, le PDG de MV Rosen qui, en quelques instants, remporte une négociation en faisant baisser un prix d’achat de plus de 4 millions de dollars. Faisant ainsi dépenser à son entreprise, sans sourciller, la « modique » somme de 14,5 millions. On devine que ce type de contrat fait partie de son répétitif quotidien. Mais le jour où ses talents de négociateur et d’homme d’affaire vont mettre en jeu la vie d’une dizaine de ses employés, ses repaires s’évanouissent. D’autant plus que ses interlocuteurs ont des règles (sales) qui leur sont propres.

 


 

Un troisième homme prend peu à peu une place cruciale, c'est le négociateur Somalien, se refusant à être associé aux preneurs d’otage, il se présente en victime, lui aussi « préfèrerait rentrer au plus vite chez lui ». Il n’est là que pour faire le lien, l’intermédiaire. Cette position ambiguë et soi-disant inattaquable rend ce personnage d’autant plus glacialement effrayantLes comédiens sont tous parfaits, avec en tête de liste le formidable Soren Mallig qui joue Peter, (« Royal affair », « Borgen », The killing ») et Pilou Asbaek, Mikkel (« Borgen », « The killing »).

 


 

Le terme "Hijacking" signifie détournement. Ici, il est à prendre à double sens, le détournement d’un bateau pour la valeur pécuniaire de son équipage, mais aussi le détournement de la routine d’un homme, habitué à sa réussite, assuré de son perpétuel succès. Le réalisateur, dont c’est le deuxième film après « R », fut co-scénariste des deux (très bons) films de Thomas Vinterberg « Submarino » et « La chasse ». Il est depuis bien longtemps défenseur du principe de ce qu’il appelle les "règles de la réalité". C’est dans cet esprit qu’il a tourné au large des côtes kenyanes pendant trois semaines, sur un navire ayant déjà été attaqué par des pirates. La région étant dangereuse, l'équipe du film a dû être protégée par des gardes armés durant tout le tournage. Un climat qui sans nul doute participe à la tension qui émane de chaque scène du film.

 


 

« Hijacking » est prenant de la première à la dernière image, parfaitement réalisé, écrit avec réalisme, déployant une tension d’une implacable puissance et d’une vraisemblance terrifiante. Un délice de suspens ! 

 





09/07/2013
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