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Cinéma d auteur

HANNAH ARENDT de Margarethe Von Trotta

 

 

L'ORIGINE DU MAL 

 

par Bertrand Bichaud

 

3/5 ON AIME BEAUCOUP

 

 

Au début des années 60, la philosophe juive allemande Hannah Arendt part à Jérusalem pour le New Yorker afin de suivre le procès d’un « participant » à la déportation de millions de Juifs durant la Shoah, Adolf Eichmann. Les articles qu’elle rédige pour le célèbre quotidien Américain vont à leur publication déclencher une gigantesque et violente polémique. Outre les très sévères accusations qu’elle recevra concernant ses écrits et sa position philosophique, elle subira aussi de plus personnelles critiques, sur sa supposée arrogance et son manque d’émotion.

 

  

Le film a la bonne idée de ne pas traiter ce sujet, ni sous la forme d’un classique biopic, ni sous celle d’un « film de prétoire » dont le cinéma (en particulier US) a été longtemps addicte. Autre choix des plus judicieux, utiliser de véritables images d’archives pour les séquences concernant Eichmann. « On ne peut montrer la vraie banalité du mal qu’en observant le vrai Eichmann.  Un acteur ne peut que déformer l’image, en aucun cas il ne pourrait la préciser. En tant que spectateur, on pourrait admirer la grandeur d’interprétation de l’acteur mais ce serait au détriment de la médiocrité d’Eichamnn. Eichmann était incapable de formuler ne serait-ce qu'une seule phrase grammaticalement correcte. Il était incapable de penser de façon sensée à ce qu’il faisait et cela transparaissait dans sa façon de parler », explique la réalisatrice.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux thématiques des plus passionnantes, illustrant la pensée d’Hannah Arendt, sont développées dans le film. Tout d’abord son concept de « La banalité du mal ». Eichmann en étant l’exemple parfait. Un homme terriblement quelconque, anodin, qui a commis les pires atrocités imaginables par simple devoir, sans remettre en cause ses actes et leurs conséquences. Ne faisant que respecter les ordres, la hiérarchie.  Répondant à ce que l’on attendait de lui, à ce qui lui avait été inculqué depuis son enfance : obéir, ne pas penser, faire ce qu’on exigeait de lui. Cette idée, pour de nombreux commentateurs de l’époque correspondait à une justification de ses actes. Là est la principale incompréhension du travail de la philosophe. Hannah Arendt était une intellectuelle maniant les pensées, les concepts, elle cherchait à comprendre l’humain, ne se positionnant pas en juge ayant la responsabilité de condamner, s’appuyant sur la loi et parfois la morale. Elle, tel un médecin, s’attelait à autopsier le comportement et l'influence de son environnement pour en identifier son fonctionnement.

 

 

La réelle question du procès (qu’elle met en exergue) est : Quelle est la responsabilité spécifique d’un homme n’ayant pas personnellement blessé ou tué, mais qui par ses actions les plus banales a contribué à l’holocauste ? Comment isoler la tragédie de crime contre l’humanité pratiquée par le régime nazi de ce "pion insignifiant" à titre individuel ?


 

Le second sujet, au moins autant polémique et perturbant que le premier est d’avoir dénoncé le rôle de quelques juifs qui, eux-mêmes ont participé à la « solution finale ». Sujet tabou s’il en est, insupportable pour l’opinion bien pensante.

 

 

Les aspects plus personnels de sa vie (amoureuse par exemple) sont exposés sans prendre de place excessive, ils permettent néanmoins une meilleure compréhension de son cheminement et engagement philosophique. Hannah Arendt n’acceptait aucun concept, ni idéologie sans l’avoir elle-même remis en cause, soupesé pour mieux le valider ou le rejeter et le remplacer par un mode de vie, un agissement plus en cohérence avec sa libre pensée.

 

 

La fin du film soulève une question essentielle. La pensée étant en perpétuel mouvement, véritable mutant évoluant en fonction du contexte, des courants, de l’histoire et des individus, comment pouvoir l’arrêter, la figer ? Arendt elle-même en arrive à remettre en cause sa notion de « radicalité du mal », exprimant que, seul le bien peut être qualifié de radical. Et par cette modification de conceptualisation du sujet, elle reconnaît la perpétuelle impermanence de la pensée philosophique, constatation aussi exaltante qu’effrayante.

 

 

« Hannah Arendt » est absolument passionnant de bout en bout, révélant l’impressionnante inventivité et agilité intellectuelle de la protagoniste. Voici un film qui donne une sérieuse et pressante envie de découvrir ses ouvrages. A voir pour le témoignage historique qu’il représente tout autant que pour la découverte d’une intellectuelle aussi brillante que courageuse. 

 

 

 

La bande annonce: 

 




 



22/04/2013
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