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Cinéma d auteur

DJECA, ENFANTS DE SARAJEVO d’Aida Begic

 

 

GUERE D’APRES

 

par Bertrand Bichaud

 

2/5 ON AIME BIEN

 

 

Rahima est une jeune femme au visage pâle et triste. Jamais maquillée, elle porte le voile, au travail, dans la rue et aussi chez elle. Elle vit avec son frère, un ado « récupéré » après quelques années en orphelinat. Ils ont perdu leurs parents durant la guerre de Bosnie. Ancienne junkie, elle cherche son salut (sous forme de refuge) dans l’islam. Mais sa vie reste un combat. Elle doit se battre avec un travail difficile et peu payé, et avec ce frère qui déserte l’école et se bagarre avec (tous) ceux qui le traitent d’orphelin. Rahima, au prix de concessions quotidiennes tente de trouver sa place dans un monde qui manque cruellement de bienveillance à son égard.

 

 

 

La réalisatrice, qui signe ici son deuxième film après  « Premières neiges » (dont le décors était déjà la guerre de Bosnie) explique :  « Ce que j’ai voulu faire, en utilisant des archives du temps de la guerre pour illustrer les souvenirs de Rahima, c’est partager, comprendre ce que peuvent être les souvenirs de quelqu’un qui a vécu une situation aussi difficile. L’histoire du film le justifie, mais il s’agit aussi d’un désir personnel et d’un besoin de parler de mon expérience, et de la mémoire de la guerre qui est la mienne ».

 

 

 

« Djeca » (enfant en Bosnien) est l’histoire de deux survivants malgré eux, d’une guerre qui les a laissé esseulé. Tentant de devenir libres, de casser ces chaînes de la mémoire qui assombrissent leurs pensées et alourdissent leurs gestes. Deux (presque) adultes, privés d’enfance, et dont l’avenir semble les rejeter. Deux solitudes isolées, essayant malgré tout, parfois maladroitement, de se sauver. « Il existe un conte soufi qui parle de deux oiseaux, un corbeau et un pigeon, qui deviennent les meilleurs amis du monde. Quand les gens se demandent ce que des oiseaux aussi différents peuvent avoir en commun, ils remarquent qu’ils leur manquent une patte à tous les deux » raconte la cinéaste.

 

 

 

« Djeca » est un film sur une tentative de reconstruction, de guérison, ou du moins de rémission. Mettant en scène un beau portrait de femme, magnifiquement porté par Marija Pikic qui lui a valu le Cœur de Sarajevo de la Meilleure actrice au Festival du film de Sarajevo 2012. Le film a aussi reçu la Mention spéciale du Jury - Un certain regard - au Festival de Cannes 2012.

 

 

On regrette pourtant un rythme parfois bancal, une structure scénaristique par moments incertaine et quelques imprécisions. Le port du voile, signe flagrant de la volonté de rédemption de l’héroïne apparaît par exemple étrangement symbolique (anecdotique ? ), l’histoire ne « dévoilant » rien d’autre de sa pratique de l’Islam.

 

 

« Djeca » est froid, aride, lancinant et âpre, un film dont les quelques imperfections n’altèrent finalement que peu la force de la trace qu'il laisse derrière lui: Une cicatrice dont la douleur révèle son efficacité et donc sa réussite. 

 

 

La bande annonce: 



21/03/2013
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