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Cinéma d auteur

DERRIERE LA COLLINE d’Emin Alper

 

 

LA MENACE

 

 

par Bertrand Bichaud

 

3/5 ON AIME BEAUCOUP

 

 

En Turquie, au pied de collines rocheuses, une maison. Un vieil homme y habite. Pour l’été, il reçoit ses enfants et ses petits-enfants. Cette maison n’est qu’une partie de son « habitat ». Elle ne représente qu’une pièce, peu utilisée. Les autres étant la rivière, le coin aux peupliers, un terrain à l’ombre de grands rochers…

 


 

Paisiblement les jours passent, aux rythmes imposés par la nature. Les membres de cette famille, réunis le temps des vacances, discutent allonger dans l’herbe, font une sieste au bord de l’eau, pêchent assis sur un rocher, mangent autour d’un feu, dorment à la belle étoile… Et pourtant, ces grands espaces en plein air donnent une étrange et étouffante impression de huis clos.

 


 

La famille alterne entre son envie de vivre ensemble, regroupée, de partager, et sa nécessité de liberté, d’autonomie, qui la pousse à se décomposer, quelques instants, pour s’isoler. Pour se retrouver, ils crient. Ils crient leur nom, parfois l’écho reste esseulé, à d’autres moments, la voix appelée répond, puis des pas se font entendre et l’absent rejoint les siens. 

 


 

Dans le silence de la colline, le vent (le film est sans aucune musique) accompagne les personnages. Parfois, des militaires rodent en patrouille. Peu à peu une menace, d’abord incertaine et indistincte se précise. Des nomades (existent-ils seulement ?) sont là, derrière la colline. Jusqu’au moment où…

 

 

« Derrière la colline » est une fable sur la famille, les liens du sang, la propriété, l’appartenance. Et sur la stigmatisation de celui qui semble pouvoir mettre en péril ces fondamentaux : l’autre, celui qui vient d’ailleurs, le différent.  

 

 

 

 

Le réalisateur explique que le film est une sorte d’allégorie sur la Turquie actuelle "empoisonnée par la paranoïa et la suspicion". "Ici, je parle de la Turquie dont le climat politique est basé sur ce même besoin de se créer un ennemi. Que ce soit les Kurdes ou un soi-disant complot international sans compter d’innombrables conflits internes. Chez nous, les débats ne peuvent jamais être raisonnables. Car les théories du complot sabrent les fondations de tout débat politique".

 

 

 

 

« Derrière la colline », il se passe bien plus de choses qu’il n’y apparaît au premier coup d’œil. Et la situation est beaucoup plus complexe qu’elle ne peut donner à le croire si l’on prend le temps d’une patiente observation. La tension, d’abord hésitante, monte graduellement, prenant ses aises. La menace s’amplifie sans pourtant se manifester ouvertement, là est tout l’intérêt et la réussite du film.  

 

 

 

Ce premier long métrage d’Emin Alper, aux allures de western moderne, fonctionne à merveille. Lancinant et trouble, étonnant et mystérieux, « Derrière la colline » se cache un nouveau cinéaste des plus convaincants. 

 

 

 

 

La bande annonce:


 



12/04/2013
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