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Cinéma d auteur

ANNA HALPRIN : LE SOUFFLE DE LA DANSE de Ruedi Gerber

 

ET BIEN DANSEZ MAINTENANT…

 

par Bertrand Bichaud

 

2/5 ON AIME BIEN

 

 

Méconnue ici, mais connue là-bas (aux Etats-Unis), Anna Halprin est une danseuse et chorégraphe Américaine née en 1920. Ce film raconte l’histoire de cette femme, toujours en recherche, repoussant les limites (sans limite) de ce que le corps peut vouloir faire, vouloir dire. Pourtant, à l’écouter parler avec amour et un enthousiasme sans mesure pour son art, il apparaît que ce qu’elle nomme « danse contemporaine » semble davantage répondre à la définition de « performance d’expression corporel », terme qu’elle ne renie d’ailleurs pas, même si elle n’accepte de réduire ses créations chorégraphiques à cela.

 


Derrière des images d’archives composées d’extraits filmés de ses représentations privées ou publiques, on devine une femme utilisant son corps et son langage comme un outil de thérapie, peut-être même plus que comme un vecteur d’Art. Le passage furtif (qui aurait mérité bien plus) de l’évocation de l’intérêt des psychanalystes pour son travail renforce cette impression. Nous nous trouvons dans des digressions  menant aux prémices de la Gesalt-thérapie plus que dans une réelle quête de développement des techniques de danse.

 

 

 

C’est le documentariste Suisse Ruedi Gerber qui s’est attelé à raconter l’histoire de cette (aujourd’hui) vieille dame, anticonformiste par vocation, dont chaque geste traduit une émotion, une pensée, une histoire. Le choix du réalisateur de mettre au même niveau le parcours professionnel de la chorégraphe et sa vie personnelle contribue à créer cette ambiguïté entre sa recherche intime et sa démarche d’artiste. 

 

 

 

On survole les créations d’Anna Halprin des années 60 à aujourd’hui. On regrette finalement les trop courts passages réellement "esthétiques", comme celui où, drapée d’un tissus blanc la couvrant de la tête au pied, allongée sur le sable, elle laisse les vagues décider des mouvements de son corps. Autre chorégraphie non moins poignante (qui cette fois serait plus à assimiler à un travail de mime) lorsqu’on la voit assise, maquillée de blanc, reproduisant les gestes et mimiques de souffrances physiques de son mari, alors qu’il était aux soins intensifs d’un hôpital entre la vie et la mort. Toujours cette fusion entre l’expérience intérieure et l’expression extériorisée. 

 

 

 

La période des seventies est la plus (involontairement) drôle et assez grotesque. Se plongeant sans retenue (ni pudeur…) dans les excès que ces années de libération sexuelle, les images de danseurs se mettant nu sur des tubes pop de l’époque -aussi transgressifs furent-ils à ce moment- pâtissent aujourd’hui du recul que l’on a sur les dérives de la période. Ce qui était courageux et contestataire en ce temps apparaît aujourd’hui bien humainement naïf et artistiquement dérisoire.

 

 

 

À vouloir se positionner perpétuellement à l’avant-garde, le risque est de se retrouver dépassé, et/ou en décalage avec l’indivisible temps et les inévitables étapes qu’il faut à un art pour se réinventer. Le new age, aussi visionnaire semblait-il être il y a quelques décennies, sans une salvatrice remise en cause et évolution ne peut que se retrouver aujourd’hui réduit à un courant (sans direction) d’un ancien temps…

 

 

 

Aujourd’hui âgée de 92 ans, Anna Halprin parle encore et toujours avec une passion inébranlable de son lien viscéral et indéfectible avec la danse.

"J’ai un amour inconditionnel pour la danse et son pouvoir d’apprentissage, sa capacité d’inspirer, de guérir et de transformer. J’ai consacré ma vie à cette passion, à cette dévotion, en sondant la nature même de la danse et en essayant de comprendre son incroyable force de vie. J’ai toujours cherché à intégrer la vie à l’art pour qu’ils s’enrichissent mutuellement. Je crois que si nous étions plus nombreux à être en contact avec la nature et le monde qui nous entoure dans une expérience directe avec lui, cela aurait des conséquences positives sur la manière dont nous traitons notre environnement, les autres et nous-mêmes".


 

La bande annonce:


 

 

 

 

 

 



22/12/2012
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