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Cinéma d auteur

A TOUCH OF SIN de Jia Zhang Ke

 

 

 

SE FAIRE VIOLENCE

 

par Bertrand Bichaud

 

4/5 ON ADORE

 

Dahai est un mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village. Un jour, n’y tenant plus, et suite à de graves réprimandes physiques subies, il décide de réagir, faisant lui aussi le choix de l’action violente.

 

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San’er parcourt le pays sur son deux roues, il enchaîne les attaques et braquages pour « gagner » sa vie et envoyer de l’argent à sa femme et son enfant.

 

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Xiaoyu est réceptionniste dans un sauna (faisant aussi office de maison close), le comportement insistant et indécent de certains clients la pousse à se défendre.

 

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Xiaohui passe d’un travail à un autre, cherchant avec maladresse et sans conviction un emploi stable et normalement payé.


 

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Le film relate l’histoire de ces quatre personnages, vivant dans quatre provinces différentes, mais révélant un et unique portrait de la Chine contemporaine : celui d’une société au développement économique anarchiste et violent, tout autant que les réactions qu’il génère chez les plus opprimés de ce dramatique et intolérable système. 


 

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« La transformation rapide de la Chine s’est faite au profit de certaines régions mais également au détriment d’autres. L’écart entre riches et pauvres se creuse de plus en plus (…) Pour les plus faibles la violence peut devenir le moyen le plus rapide et le plus efficace de conserver leur dignité. (…) Je me suis donc lancé dans l’écriture d’un film qui serait une série de portraits de la violence plutôt que l’histoire d’un seul protagoniste. Afin d’illustrer la Chine moderne comme je la comprends, je suis parti de quatre faits divers incroyablement violents et j’en ai fait une œuvre de fiction (…) Le fait que ces quatre histoires couvrent une si grande partie du territoire me rappelle indirectement les peintures de paysage traditionnelles. Les peintres classiques essayaient de représenter des panoramas de tout le pays. Je partage cette ambition, et j’aimerais que le film soit comme une représentation générale de la Chine » explique le cinéaste.

 

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Jia Zhang Ke confirme avec ce nouvel opus être un réalisateur foncièrement engagé politiquement. L’exigence de réalisme se retrouve de nouveau au cœur de son travail. Ces deux magnifiques documentaires « 24 city » et « I wish, I knew » en indiquaient déjà les prémices. Son très beau film « Still life », s’il prenait ouvertement le parti pris d’un traitement sous forme de fiction conservait ce soucis de proximité avec le réel. « A touch of sin » est le plus romanesque de ses films, au sens du regard qu’il porte sur ses personnages, mais aussi de la manière dont il nous les présente puis nous les livre. Pourtant, une fois de plus le sujet est on ne peut plus ancré dans la réalité de la situation actuelle du pays. « A touch of sin » a reçu le Prix du Meilleur scénario au Festival de Cannes 2013. Le titre du film est un hommage à « The touch of zen » de King Hu (1971), un film d’action, d’art martiaux, reconnu pour être l’un des plus marquants de l’histoire du cinéma Chinois. 

 

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Jia Zhang Ke arrive en décrivant différentes situations, sans aucun excès, à mettre en exergue leur dimension universelle. C’est de l’humain dont il est ici question, son constat et son discours vont bien au-delà de ses frontières et de l’époque qu’il décrit. C’est à ce titre que le film devient une œuvre aussi saisissante que nécessaire. Le plus terrible réside dans le fait que les personnages en sont amenés à se faire violence eux-mêmes pour en arriver à des extrémités, dont ils sont avant tout les victimes. Aucun d’eux n’était destiné à de tels actes. Il s’agit là d’instincts primitifs de survie. Lorsque l’homme est si longtemps et totalement considéré comme un animal, c’est sa bestialité qui finit par dévorer son humanité pour agir à sa place.

 

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Le film expose toutes les violences de nos sociétés. Celles faites aux pauvres, aux non éduqués, aux laissés pour compte, aux femmes, aux faibles, mais aussi à ceux qui ont le courage de se rebeller. Il montre la monstruosité de la corruption, ou lorsque la loi légitime la violence. Des violences qui, insidieusement gangrènent toutes les sphères de l’individu : sociales, professionnelles, familiales, amoureuses... Mais aussi la pire de toute, qui résulte de l’ensemble de ces violences, celle que l’on s’inflige à soi, illusoire unique solution pour définitivement « mettre à mal » toutes les autres.

 

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« A touch of sin » est un pamphlet dénonciateur d’une courageuse férocité. Un film radical et salvateur. D’un réalisme d’une effrayante noirceur. Une oeuvre à l’image de son sujet : d’une irrémédiable violence. Magnifiquement subversif et contestataire, c’est une démonstration implacable des maladies sociétales d’un monde d’une humanité agonisante. Jia Zhang Ke tire un signal d’alarme assourdissant mais d’une vitale nécessité.

 

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15/12/2013
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